Maison de l'Algérie Pont-d'intelligence

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vendredi 3 octobre 2014

Mouton de l’Aïd : le triptyque ‘‘le plus cornu, le plus beau et le plus cher’’ rythme le quotidien à M’sila

Mouton de l’Aïd : le triptyque ‘‘le plus cornu, le plus beau et le plus cher’’ rythme le quotidien à M’sila

Dans la wilaya de M’sila, réputée par la qualité des moutons qui y sont élevés, le quotidien est rythmé, à moins de deux jours de l’Aïd El Adha, par le triptyque du mouton ‘‘le plus cornu, le plus beau et le plus cher’’.
Les marchés à bestiaux et tous les espaces de vente ouverts çà et là sont carrément pris d’assaut depuis plusieurs jours par les habitants de la région de M’sila, mais également par des acheteurs venant de Bordj Bou Arreridj, de Batna, de Skikda, de Constantine et même de Médéa et d’Alger.
A ces derniers clients, toujours pressés de conclure, les habitants du Hodna reprochent d’acheter ‘‘naïvement’’ sans prendre la peine de (bien) négocier les prix.
 Une critique d’autant plus fondée, semble-t-il, que ces acheteurs ‘‘lointains’’ sont devenus la cible préférée des maquignons et des intermédiaires qui guettent leur venue pour réaliser des affaires plutôt juteuses.
Veiller à proposer un bélier suffisamment cornu, avec, si possible, des cornes en ‘‘tire-bouchon’’, bien nettoyé, à la toison irréprochable, et le tour est joué. Certains clients n’hésitent pas à mettre la main à la poche (même s’ils doivent y aller de 80.000 dinars), Quand bien-même prennent-ils quelques minutes pour faire semblant de tergiverser.
Certains clients n’en finissant pas d’admirer leur ‘‘trophée’’, approchés par l’APS au chef-lieu de la wilaya, à Aïn Lahdjel, à Aïn Lahdjel ou encore à Magra, soutiennent qu’en insistant pour acheter un mouton affublé de belles cormes, ils ne font que ‘‘suivre l’exemple du Prophète (QSSSL)’’.
A M’sila, les moutons aux belles et longues cornes est communément appelé ‘‘Mokrane’’. Ici, l’on affirme pouvoir déterminer la région d’origine de la bête grâce à ses cornes et leur forme. Les béliers de la race d’Ouled Djellal, les plus prisés, ont des cornes parfois à double courbure. Les doubles courbures
des cornes prouvent, affirme-t-on, que le bélier est suffisamment âgé pour être immolé et que, surtout, il est bien portant. Toutefois, sa viande, que l’on reconnait ‘‘moins savoureuse’’ que celle d’un agneau, nécessite des heures et quelques ‘‘astuces’’ lors de la cuisson.
C’est pourquoi le mouton dépourvu de cornes reste également de la fête. Il est localement demandé car apprécié pour sa viande délicieuse et la variété de mets que sa chair tendre permet de préparer.
Le plus beau mouton, chez les m’silis, est celui dont la toison blanche vire un peu vers le jaune. C’est, ici, une "marque de fabrique", au même titre que le mouton brun, à la toison noire, même si ce dernier est très rare sur les marchés du Hodna.
Les éleveurs professionnels de la wilaya de M’sila affirment que 90 pour cent du poids du mouton cornu et haut sur pattes sont exclusivement de la viande sans graisse. Une constante dans le monde de l’élevage qui fait, soutiennent des éleveurs, que les commerçants d’Alger et de Tipasa pèsent le mouton avant de le vendre.
Les citoyens qui viennent de toutes les régions du pays, en quête d’un mouton à ‘‘pedigree’’ apprécient également la qualité de la viande du mouton de M’sila.
Le bétail dans cette région steppique se nourrit en effet d’armoise, ce qui rend sa viande inégalable, affirme-t-on. Au faits des techniques d’élevage, les commerçants et les maquignons de M’sila affirment aussi que les clients venant d’autres régions, notamment d’Alger, ‘‘ne savent pas différencier entre un mouton engraissé et une bête nourrie de végétation des steppes’’.
Il reste que le mouton le plus beau et aux plus belles cornes, c’est toujours le mouton le plus cher. Il faut en effet débourser entre 70.000 et 90.000 dinars pour s’offrir ce type d’animal.
Abdelkader B., un jeune architecte venu spécialement de Batna, ‘‘armé’’ de ‘‘seulement’’ 40.000 dinars, fait contre mauvaise fortune bon coeur. Lui, il est à la quête d’un mouton ‘‘f’hal’’ (mâle vigoureux), même de petite taille.
Il s’intéresse du coin de l’£il à un interminable conciliabule entre un maquignon à l’air malicieux et un acheteur venu du côté de Boumerdes (si l’on se fie à la plaque d’immatriculation de son véhicule, rempli d’enfants trépignant d’impatience).
Lorsque les deux hommes se serrent la main, pour signifier que le marché est conclu pour un bélier cornu à 88.000 dinars, Abdelkader sourit en haussant les épaules et glisse, un peu comme pour se consoler : ‘‘quand on n’a pas ce qu’on aime, il faut aimer ce qu’on a’’.
 APS

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