Maison de l'Algérie Pont-d'intelligence

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lundi 14 juillet 2014

Coupe du monde 2014 : pourquoi l'Allemagne, grande nation du foot, mérite de gagner




L'Allemagne est l'une des nations qui possède le palmarès le plus riche en matière de football. De la Coupe du monde 1954 à aujourd'hui, elle a déjà remporté la titre de champion de monde à trois reprises. Alors que les Allemands ont l'occasion de décrocher une quatrième étoile, ce dimanche 13 juillet, face à l'Argentine, notre contributeur revient sur cette riche histoire.

L'Allemagne dispute ce dimanche sa 8e finale de Coupe du monde. Quoi qu'il arrive aux hommes de Joachim Löw lors de ce match, ils auront marqué l'histoire de ce tournoi et de leur sport.
 
Dans une décennie, peut-être même un siècle, les jeunes allemands se souviendront de ce soir de juillet 2014, quand leurs aînés ont battu la Seleçao sur le score de 7 buts à 1 à Belo Horizonte. À Berlin, le long de cette "Fanmeile" placée depuis 2006 face à la porte de Brandebourg lors de chaque grand rendez-vous de l'équipe nationale, près de 700.000 personnes s'étaient massées, bravant la pluie et l'orage.
 
En Allemagne, peut-être un peu plus qu'ailleurs en Europe, le football est le sport-roi. À 60 ans d'intervalle, certains parleront peut-être bientôt du miracle de Belo Horizonte comme on parle encore du "miracle de Berne" de 1954 ("das Wunder von Bern"). 
 
La victoire de 1954, un renouveau pour tout un pays
 
La première victoire de la Mannschaft en Coupe du monde date de 1954.
 
Neuf ans après la capitulation du 8 mai 1945, la jeune République fédérale, divisée, amputée de la rivale RDA, est dirigée par Konrad Adenauer, "der Alte" (le "vieux"), comme l'appelaient ses adversaires. La Sarre est encore sous mandat, et la guerre est encore dans toutes les têtes. La Coupe du Monde, qui débute en Suisse, va apporter une inattendue bouffée d'air frais.
 
Au premier tour, la Mannschaft s'incline lourdement face à la Hongrie des Puskas et Koscis (8-3), une équipe alors invaincue depuis quatre ans. Mais, lentement et patiemment, les Allemands avalent les rencontres et parviennent tout de même à se hisser en finale, où ils retrouvent cette même Hongrie.
 
Le 4 juillet 1954 à 17 heures à Berne, la partie débute. Les hommes de Sepp Herberger, déjà en poste sous les nazis, prennent très vite deux buts en dix minutes, par Puskas puis Scibor. Assommés, ils réagissent par Max Morlock, puis par Helmut Rahn, la vedette de l'équipe.
 
Petit à petit, les Hongrois doutent et Toni Turek, le gardien allemand, sort la plupart des tentatives hongroises. Et à huit minutes du coup de sifflet final, Rahn marque ! Incroyable : cette Hongrie, qui faisait peur à tout le monde, est vaincue par ces onze hommes en blanc et noir pour la première fois depuis quatre ans.


                 Ferenc Puskas félicite les Allemands après leur victoire en finale de la Coupe du monde, le 4 juillet 1954 à Berne (AFP).
 
Le retour des héros confine au véritable délire collectif. Le reporter radio Friedrich Zimmermann devient une vedette, certains dérapages revanchards apparaissent, mais en immense majorité les Allemands ne ressentent qu'une immense fierté. La victoire de Berne est la première victoire du sport allemand depuis 1945, la première occasion de vivre un bonheur collectif, d'avoir des idoles "positifs" à admirer.
 
Bien après, le chancelier Kohl parlera du "Wir sind wer-Gefühl" ("nous sommes redevenus quelqu'un"). Certes, les accusations de dopage assombriront ce tableau, mais cet événement est très important dans la recréation d'un sentiment d'appartenance à une communauté nationale. 
 
En 1974, Beckenbauer contre Crujiff
 
Vingt ans plus tard, l'Allemagne de l'Ouest hérite de l'organisation de la Coupe du monde. À ce moment-là, la République fédérale a reconquis sa place dans le concert international, grâce à l'action de Willy Brandt, son repenti à Varsovie et cette volonté de rompre la glace et de changer en se rapprochant avec le voisin de l'Est : c'est l'esprit de l'"Ostpolitik" concrétisée par les accords de 1972-1973.
 
Mais le contexte est lourd : une partie de l'extrême-gauche, constituée autour d'Andreas Baader et Ulrike Meinhof, a fondé la Fraction Armée Rouge et, surtout, la Coupe du monde intervient deux ans après les Jeux olympiques de Munich et l'assassinat des athlètes israéliens par le groupe Septembre noir.
 
Qui plus est, les charmes du tirage au sort ont placé les deux équipes allemandes, RDA et RFA, dans le même groupe. Il s'agit donc à la fois de prouver au monde que l'Allemagne est capable d'assurer la tenue d'un événement mondial après la mascarade des Jeux de Berlin de 1936 et la tragédie de 1972, tout en validant la suprématie inter-allemande.
 
Le 22 juin 1974, les deux équipes allemandes s'affrontent à Hambourg. Et l'impensable se produit : fatiguée, déjà qualifiée pour le second tour, la Mannschaft s'incline 1 à 0. Ce succès de la RDA sera largement utilisé par la propagande d'Erich Honecker.
 
Malgré cet impair, la RFA se retrouve en finale face aux Pays-Bas. Beckenbauer contre Crujiff, Müller contre Johnny Rep, Bayern contre Ajax... Menés dès la première minute à cause d'un penalty, les Allemands mettent le pied sur le ballon, égalisent par un penalty du maoïste Paul Breitner, avant la délivrance fonale par le "Bomber", Gerd Müller !
               Franz Beckenbauer, le capitaine de l'Allemagne, reçoit la Coupe du monde à Munich, le 7 juillet 1974 (AFP).
La victoire est belle et cet affrontement restera comme le plus vital aux yeux des supporters allemands, qui veulent le revivre cette année : "Ohne Holland geht's besser" (sans les Pays-Bas on se sent mieux) !
 
Après 1996, une Mannschaft en plein déclin
 
L'Allemagne de 1974 peine à trouver un équivalent dans les années 1980, plus difficiles (mais avec deux finales de Coupe du monde perdues). Ce n'est qu'une fois réunifiée, que l'Allemagne décroche son troisième titre de champion du monde, en 1990, avec à sa tête Beckenbauer. 
 
Lothar Matthaeus et Pierre Littbarski célèbrent la victoire de l'Allemagne lors de la Coupe du monde, le 8 juillet 1990 (AFP).
 
L'Allemagne décroche aussi l'Euro 1996, mais la suite est plus difficile : éliminée au premier tour des Euro 2000 et 2004, la Mannschaft touche peu à peu le fond.
 
Le renouveau ne survient qu'en 2006. La Coupe du monde se joue à domicile. Si l'équipe inquiète avant la compétition, le public donne des ailes aux joueurs : après une victoire 2 à 0 contre la Suède et une qualification aux tirs au but face à l'Argentine, le miracle devient possible.
 
Les rues se remplissent, on accroche la bannière noir-rouge-or aux fenêtres, près de 2 millions de personnes assistent aux rencontres près d'écrans géants dans les principales villes. Pour la première fois, on affiche ses couleurs, non pas pour se venger ou se distinguer des autres, mais simplement pour témoigner une fierté et une envie de communier ensemble : on passe du nationalisme au patriotisme de R. Gary.
 
L'Italie brisera ce songe de belles nuits d'été dans les dernières minutes de la prolongation en demi-finale, à Dortmund, mais cette Coupe du monde a permis de redonner du tonus et de faire émerger un rapport moins complexé mais inédit des Allemands avec eux-mêmes.
 
Le football allemand s'est remis en question
 
La victoire contre le Brésil, en demi-finale du Mondial 2014, est celle d'une équipe profondément remaniée.
 
Après l'échec de l'Euro 2000, le football allemand s'est remis en question. Fini le "Rumpelfussball" ultra-physique, l'Allemagne mise depuis 2006 sur un football de possession, en basant la formation de ses jeunes sur la technique. Klinsmann a posé les fondations de ce jeu en sélection, Löw en récolte aujourd'hui les fruits.
 
Autre fait important, depuis 2000 et la réforme Schröder sur la double-nationalité, instaurant un choix d'option pour les enfants nés en Allemagne de parents étrangers entre 18 et 23 ans, l'équipe d'Allemagne est enfin aussi diverse que sa société : Özil, Khedira, Mustafi en sont les meilleurs exemples.
 
Les joueurs allemands après leur victoire face au Brésil, le 8 juillet 2014 (F. COFFRINI/AFP).
 
La victoire historique contre le Brésil est donc celle d'une évolution lente, contrastée, progressive. C'est aussi l'histoire d'une nation du foot au prestigieux passé qui a su se remettre en question au début des années 2000.
 
Comme le disait l'historien Alfred Wahl : "Pour comprendre l'histoire d'un pays, intéressez-vous à son équipe nationale de football".
 
Le Nouvel Observateur
           
 
 

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