Maison de l'Algérie Pont-d'intelligence

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jeudi 12 décembre 2013

Dernier hommage à Mandela : un éternel testament pour l’humanité

Hier, il pleuvait des cordes sur la pelouse du stade Soccer City qui accueillait à l’occasion ce congrès mondial de la paix dédié à la mémoire de ce personnage presque mythique. Il pleuvait aussi des superlatifs des bouches de ces dirigeants du monde qui, du haut de leurs immenses pouvoirs, s’extasiaient à coups de rhétorique et autres formules magiques devant l’imposant Mandela. C’était beau à voir. C’était poignant. C’était impressionnant.
Jamais funérailles d’un homme d’Etat n’ont été aussi suivies. L’événement a pris une dimension planétaire ; exactement à la mesure du combat incroyable de cet homme d’exception. Le président Obama ne l’a-t-il pas comparé aux «pères fondateurs» et à Abraham Lincoln des Etats-Unis si chers aux Américains ! C’est dire…
«Géant de l’histoire», «icône mondiale», «un des plus grands leaders de notre temps»… Les chefs d’Etat qui se sont succédé hier à la tribune de Soccer City ont rivalisé de qualificatifs pour restituer la stature et la carrure d’un homme absolument inégalable. Ou presque. Nelson Mandela a eu droit, hier, à un plébiscite posthume du monde entier dans la ville de Soweto, qui se confond avec son combat.
Assurément, c’est le président américain Barack Obama qui a ravi la vedette de «mots justes» à l’égard de l’illustre disparu. «Il est difficile de faire l’éloge d’un homme... encore plus difficile de faire celle d’un géant de l’histoire, qui a conduit une nation vers la justice», a-t-il déclaré sous les acclamations de la foule massée dans les gradins du stade sous une pluie battante. Obama a dû se voir comme une sorte de «sous-produit» du combat de Mandela. Comme lui il est noir, comme lui il a souffert de la ségrégation raciale. Il lui en sait naturellement gré d’avoir raccourci les souffrances des communautés noires, y compris aux Etats-Unis. Mais Obama en a profité pour tacler rudement ces dirigeants qui feignent pleurer la mort de Mandela alors qu’ils asservissent leurs peuples. Prononcé en Afrique, ce propos est évidemment destiné à ces dictateurs patentés et à ces présidents à vie (ou à mort) qui ont mis leur pays et leurs peuples en sursis sur le continent. Mais également ailleurs.
Hypocrisie
Pour Obama, ces larmes de crocodile versées à la mémoire de Madiba et ces louanges de circonstances ont un nom : l’hypocrisie. «Il y a trop de dirigeants qui se disent solidaires du combat de Mandela pour la liberté, mais ne tolèrent pas l’opposition de leur propre peuple», a-t-il tonné devant un parterre sans précédent d’une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement. Ce discours du président américain aura été le clou de la cérémonie, hier à Soccer City. Sans doute que le vice-président chinois mais surtout le président zimbabwéen, l’indéboulonnable Robert Mugabe, ont dû accuser le coup. Et comme dans une atmosphère aussi solennelle, il y a toujours des à-côtés un peu cocasses : Barack Obama a surpris son monde en serrant la main de son homologue cubain, Raùl Castro. Un geste de réconciliation parfaitement prémédité, selon un des ses conseillers. Obama, par ce geste amical, montre sa volonté de «briser la glace» alors que les deux pays sont en froid depuis le début des années 1960.
Il est vrai que le combat de Mandela en faveur de la réconciliation constituait pour la circonstance un puissant déclic pour le chef de la Maison-Blanche, qui rêverait lui aussi d’un destin à la Mandela.  «Michelle et moi sommes les bénéficiaires de cette lutte», a reconnu Obama, comparant Mandela à ses héros personnels, dont les «pères fondateurs» américains et le président assassiné Abraham Lincoln, qui avait libéré les esclaves noirs. Mais ces doux mots et ce recueillement devant l’imposant héritage politique de Mandela risquent de n’être qu’un discours de circonstance. Un peu comme ceux d’Obama au Caire et à Accra, qui se sont avéré être de doux leurres. Signalons au passage que l’actuel président d’Afrique du Sud, Jacob Zuma, a été bruyamment hué lors de son discours. Pour ces milliers de Sud-Africains ayant bravé la pluie, le contraste est saisissant entre la présidence de Mandela et celle de Zuma, qui n’est pas au-dessus de tout soupçon, loin s’en faut.
 

Extraits des hommages :

-Le président américain Barack Obama : «Il est difficile de faire l’éloge d’un homme, encore plus difficile de faire celle d’un géant de l’histoire qui a conduit une nation vers la justice. Il n’était pas un buste de marbre, il était un homme de chair et de sang. Il a montré le pouvoir de l’action, de la prise de risque au nom de nos idéaux (et il) a gagné sa place dans l’histoire grâce à son combat, son intelligence, sa persévérance et sa foi. Michelle et moi sommes les bénéficiaires de cette lutte. Il y a trop de dirigeants qui se disent solidaires du combat de Nelson Mandela pour la liberté, mais ne tolèrent pas d’opposition de leur propre peuple.»
-Le président sud-africain Jacob Zuma : «Il n’y a personne comme Madiba. Il était unique en son genre. Pendant 27 ans (quand il était en prison, ndlr), le peuple sud-africain a parlé à voix basse, par peur. Mais le nom puissant de Nelson Mandela continuait à vivre. Il a continué à inspirer notre peuple chaque jour.»
-Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon : «Le plus grand des baobabs a planté des racines qui ont poussé partout sur la planète. Il a montré la force puissante du pardon et sa capacité à unir les gens (...) le vrai sens de la paix. Nelson Mandela nous a montré le chemin avec un cœur plus grand que ce stade et un sourire contagieux qui (...) a éclairé le monde. L’Afrique du Sud a perdu un héros, un père ; le monde a perdu un ami cher et un mentor.»
-La présidente brésilienne Dilma Rousseff : «La plus extraordinaire personnalité du XXe siècle, Nelson Mandela, a gouverné avec compassion et intelligence. Madiba est un exemple et une référence pour nous tous. Nous célébrons et pleurons ce grand leader qui fait partie du panthéon de l’humanité.
-Le président cubain Raul Castro, citant son frère Fidel : «Mandela n’entrera pas dans l’histoire pour les 27 ans qu’il a passé derrière les barreaux (...) mais parce qu’il a réussi à libérer son âme de tout le poison qu’une peine aussi injuste pouvait instiller.»
-Le général Thanduxolo Mandela, au nom de la famille : «Madiba était un grand homme, mais il était humble en toutes choses. (Dans le stade) il y a des forts et des faibles, des riches et des pauvres, des puissants et des gens ordinaires... Je suis sûr que Mandela doit sourire là-haut (en les regardant). Cette manifestation d’unité universelle reflète exactement ce pour quoi Madiba s’est battu.»
-Le vice-président chinois Li Yuanchao : «M. Mandela était la fierté des Africains, pendant toute sa vie il s’est battu pour la libération des nations africaines. Il a dédié sa vie entière au développement et au progrès de l’Afrique.»
-Le Premier ministre britannique David Cameron : «Quand on entend cette clameur, quand on voit l’atmosphère de fête qui règne ici, il devient évident que les Sud-Africains veulent dire au revoir à ce grand homme, mais aussi célébrer sa vie et son héritage.»
-Andrew Mlangeni, ancien co-détenu de Mandela sur l’île-bagne de Robben Island : «Madiba nous regarde d’en haut, maintenant, et sans aucun doute sourit en regardant ses compatriotes et ses femmes bien-aimées célébrer sa vie et son héritage.»
-Le vice-président de l’ANC Cyril Ramaphosa : «S’il pleut quand vous êtes enterré, cela veut dire que vos dieux vous accueillent et que les portes du ciel sont très probablement ouvertes aussi.»

EL WATAN

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